Comment créer un « bon » conflit

 

Pour une fois, prenons le contre-pied des articles classiques. Plutôt que de vous inciter à suivre un ensemble d’astuces toutes faites pour gérer une situation conflictuelle, voyons plutôt les mécanismes classiques qui tendent à créer ce type de désaccord. A vous ensuite de vous y reconnaitre (ou pas) et d’en tirer vos conclusions (ou pas).

Nous nous concentrerons ici sur la création d’un conflit de Niveau 1, c’est-à-dire socialement acceptable et capable d’être résolu en public. Les conflits de Niveau 2 (qui se gèrent en privé) et 3 (hôpital, procès, morgues..) étant réservés aux initiés.

Voici donc une recette (parmi d’autres) pour créer un bon conflit :

–    Pour commencer, choisissez une personne de votre entourage que vous fréquentez régulièrement : appelons-le votre « conflicté ». Cela pourra être votre conjoint, un collègue, un ami, un parent, un de vos enfants ou même un animal de compagnie si vous souhaitez commencer votre carrière de créateur de conflit de manière plus douce.

–   Engagez ensuite la conversation. Il est important de mettre à l’aise votre interlocuteur. Posez-lui des questions sur sa vie et commencer par donner l’impression que ses réponses vous intéressent. Une fois le « conflicté » mis à l’aise, il n’en sera que plus déboussolé lorsque les choses sérieuses vont commencer.

–   Choisissez intelligemment un sujet de discussion houleux susceptible d’agacer votre partenaire de conflit. Ce sera le « fond » de la communication (≠ forme). Un dossier non traité, une tache ménagère non faite sont des classiques qui marchent efficacement et à coups sûr, particulièrement si le reproche n’est pas justifié. Les attaques injustes et non vérifiées sont donc celles qui ont le plus de chance de faire mouche.

–   Bien entendu, le fait d’écouter les réactions et explications du « conflicté » est hors de propos.

–    Cinquante cinq pourcents de la communication est basée sur le non-verbal. Autrement dit pensez à froncer les sourcils et plisser les yeux, à alterner les regards agressifs et fuyants, à faire des mouvements amples et disproportionnés, à « envahir » l’espace de l’autre et bien entendue, à ne jamais sourire.  Trente autres pourcent de la communication concernent la voix. Il est donc recommandé de parler au choix : très fort, très aigue, très « mâché », très doucement…peu importe, tant que le son de la voix agace et empêche la compréhension. Ainsi le conflit sera parfaitement entretenu.

–    Nier l’évidence du malaise. Le cas contraire (prendre conscience du malaise) pourrait vous placer dans une situation d’inconfort en vous incitant à réagir et à provoquer un changement.

–    Vous devez vous sentir supérieur à votre « conflicté ». Pour cela, n’hésitez pas à vous mettre en avant comme quelqu’un de meilleur, de plus intelligent, de plus fort (position de persécuteur). De la même manière pensez à rabaisser votre interlocuteur pour qu’il se sente dévalorisé (position de victime). Des phrases blessantes et sèches vous permettront de le faire culpabiliser malgré son innocence. En une phrase : évitez à tout prix de vous mettre à sa portée et d’établir un équilibre dans la communication.

–    Concernant la « forme » de votre communication (les quinze derniers pourcents de la communication), faites bien attention à n’utiliser que le « tu » dans vos propos : « TU n’as pas fait ça », « TU ne comprends pas », « TU es comme ça ». L’emploi du « je » serais une marque de faiblesse vous impliquant comme potentiellement responsable du malaise. Evitez donc soigneusement les « JE n’ai pas bien compris », « JE ressens ça » qui pourrait permettre à l’autre de ne pas se sentir attaqué et donc de désamorcer le conflit. N’oubliez pas : ce conflit est entièrement de la faute de l’autre, vous, vous n’y êtes pour rien.

–    Garder pour vous les véritables raisons de votre désaccord. L’autre ne doit jamais savoir la raison réelle de votre agacement, il pourrait s’en servir pour trouver une solution d’apaisement. Pour éviter cela, utilisez des stratégies d’évitements, des crises d’énervements imprévisibles, des pleurs incompréhensibles, des cris inaudibles, des longs silences gênants (mutisme)…

–    Pensez à ne jamais parler en termes clairs et factuels. En effet, la description des faits doit être évitée car elle pourrait clarifier la discussion. Restez donc dans le domaine du vague, du ressenti, de l’affectif.

–    N’hésitez pas à friser la paranoïa en réagissant de manière disproportionnée aux propos de votre « conflicté ». Ne prenez aucun recul sur vos émotions et votre sentiment d’être LA victime. Bien au contraire, mettez les avant sans retenue.

–    A l’issue de la conversation, prenez soin à ce qu’aucune solution au conflit ne soit proposée. Le « conflicté » doit rester dans un état de stress et de doute, ce qui permettra une création de conflit plus rapide lors de vos prochaines conversations.

–    Enfin, aucune conclusion ne doit être émise. Essayez de créer une sortie théâtrale (en claquant la porte, en cassant quelque chose ou en partant en pleurant, par exemple). Cette technique finira d’anéantir votre « conflicté » en lui laissant un sentiment d’inachevé, de culpabilité et d’incompréhension totale.

Dr Virginie Lemaire de Bressy, PhD

11 Responses to 'Comment créer un « bon » conflit'

  1. benj' says:

    C’est « comment etre un gros con ? » ……..
    Je trouve ça limite quand meme ,quoi que en y regardant un peu ça m’arrive d’etre comme ça !!

  2. Angelo says:

    Je te reconnais bien là tiens! Mesquine et profiteuse..
    T’aurais pas grossi?.. :ppp

  3. admin says:

    Très bon exemple de provocation ;o)
    Un vrai professionnel!

  4. Gaël says:

    Enfin de bons conseils pour passer une semaine tranquille. Ce soir, une bonne dispute et bobonne rentre chez sa mère. 😉

  5. Syl says:

    mmmhhhh ! Maintenant je sais comment m’est arrivé ma galère du boulot… mais je sais aussi comment achever ma belle-mère ! :p

  6. Christine says:

    Pour en arriver là , il faut être très douée , ou avoir une longue expèrience d’observation de mauvaise foi … Reste à s’en servir que pour le contraire , bien sûr

  7. Brigitte says:

    Et comme dans les livres de Laurent Gounelle, faire des exercices à répétition (exemple : recueillir 10 « NON » auprès de personnes différentes, c’est stupéfiant)

  8. Anonyme says:

    vous avez un bon point de vu.

    – Amelie

  9. Anonyme says:

    bonne information, merci.

  10. daniel says:

    tres interessant, merci

  11. lofn says:

    Cela devrait être enseigné dès la maternel !

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