Lettre d’un entraîneur à sa préparatrice mentale

La préparation mentale aide les sportifs à se surpasser mais elle est aussi un outil de poids pour les entraîneurs. Mikaël Maunier est entraîneur d’une équipe féminine de torball au club de l’A.N.I.C.E.S de Nice. Il a fait appel à Vpro-Coaching pour l’aider à mieux encadrer son équipe. Le torball (prononcer « torballe » comme pour le handball) est un sport de ballon pratiqué principalement par des sportifs déficients visuels (malvoyants ou non-voyants). Il se joue avec deux équipes de trois joueurs. L’objectif est de marquer un but à l’équipe adverse en lançant un ballon sonore uniquement à la main et en le faisant passer sous trois cordes tendues en travers du terrain. L’équipe de Mikaël participait le 18 février dernier à Nice à sa première compétition lors de la phase aller du Championnat de France féminin de Torball. Témoignage d’un entraîneur reconnaissant !

« Bonjour Virginie,

Le week-end dernier, mon équipe a participé au championnat de torball organisé à Nice où se sont affrontées les meilleures formations du pays. Nous avons gagné deux matchs en tout, dont une victoire magnifique contre l’une des meilleures équipes, celle de Limoges. La deuxième victoire s’est faite à l’issue d’un beau combat contre Yzeure. Nous avons perdu 4 matchs en tout mais les filles, dans l’ensemble, ont bien joué.

Leur premier match s’est soldé par une défaite face à Marseille (5-10), la meilleure équipe du plateau. Malgré mes démarches pour les préparer mentalement toute la semaine précédente, les filles ont été submergées par le stress. Elles ont perdu tous leurs moyens sans s’en rendre compte. Pourtant, dès les vestiaires, j’essaie de rassurer et d’encourager mes joueuses, mais en vain. Les trois coups de sifflets retentissent, le match démarre et là…c’est la panique. Les filles sont figées sur place, seules et perdues. Elles ne défendent pas, leurs attaques ne sont pas construites, le ballon est vite envoyé dehors ou en faute, la communication n’existe plus.

Le match se finit et c’est le moment de le débriefer. A mon tour de me remettre en question. J’ai peut-être trop joué sur l’affectif ou alors j’ai placé la barre trop haut pour commencer ? Dans le vestiaire, je laisse les joueuses exprimer leur ressenti, leurs peurs, la manière dont elles ont perçu leurs coéquipières, etc. A la fin du débriefing, chacune semble y voir plus clair et essaie de se recentrer sur la compétition. Moi aussi, j’y vois plus clair. Je leur donne mes directives techniques à partir des fiches individuelles que nous avions créées ensemble et qu’elles avaient remplies à l’entraînement sur leurs points forts et leurs faiblesses. Tu m’avais, par ailleurs, conseillé de leur trouver une routine afin de les « connecter » au début d’un match. L’équipe s’est donc inventée un cri de guerre qui est devenu un vrai déclencheur dans la cohésion et dans la formation du groupe. Lors des entraînements, nous avons mis en pratique l’une de tes idées pour rendre le cri plus puissant : les filles se mettent face à face et doivent crier plus fort les unes que les autres. Il me semble que cet exercice a facilité leur façon de communiquer sur le terrain. Dans les vestiaires, je reviens calmement sur tout ce travail accompli ensemble. Les filles sont attentives et motivées à faire bouger les choses. Finalement, je ne me suis pas si mal débrouillé !

Nous préparons donc le deuxième match. Et là, ça y est, c’est le moment clé de la journée. Je reprends confiance et mes joueuses aussi. D’abord, je leur présente le briefing technique avec le rôle de chacune et la manière dont elles doivent opérer ensemble. Je leur rappelle ensuite la règle numéro 1 : « se protéger soi-même et protéger les autres ». Enfin, c’est le moment du « cercle magique ». Deux minutes avant le coup d’envoi, tous unis en se tenant par les bras, je leur dis qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur, que le travail qu’elles ont mis en place jusqu’à maintenant ne demande qu’à « sortir » et qu’elles sont capables de le faire avec efficacité. Je leur dis également de prendre le meilleur du match, que maintenant ce sont elles qui décident comment le jeu va se passer et que quoi qu’il arrive, ce sont les plus belles !

A l’issue du match, j’ai senti que l’équipe était née. Je ne parle pas seulement de l’organisation hiérarchique, ni de la complémentarité des athlètes, mais de l’élan commun de toutes les forces unies dans la même énergie et pour un même but. Leur jeu est d’un seul coup cohérent. Chacune est en accord avec le reste du groupe en confiance totale, prêtes à surmonter toutes les difficultés ensemble.

Même si nous avons perdu ce match 4 à 3, c’est la première victoire de l’équipe ! Maintenant, les choses vont aller en évoluant. Après de nombreuses discussions avec les filles, je détecte déjà les points à améliorer sur un plan mental et technique pour chacune d’entre elles. Ce qui est rassurant, c’est que j’ai gagné leur confiance. A l’avenir, les problèmes que nous aurons à gérer sont ceux d’une vraie équipe. Et même s’il reste beaucoup de travail à accomplir, nous le ferons dans un même but : prendre du plaisir à jouer et aller chercher la victoire.

Je ne manquerai pas à nouveau d’avoir recours à tes précieux conseils car ils m’ont été très utiles et m’ont permis de prendre les bonnes décisions.

Merci encore Virginie pour ton travail et à très bientôt.

Mikaël Maunier »

One Response to 'Lettre d’un entraîneur à sa préparatrice mentale'

  1. sergio says:

    Virginie nous fait part à nouveau d’un exemple de réussite dans l’application de ses conseils sur la gestion de la force mentale, du stress, etc.

    M. MAUNIER décrit parfaitement les moments d’émotion de cette compétition de torball. Surtout il a su se remettre en question, ce qui n’est pas évident lorsque l’on est censé montrer la voie…

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