Thomas Talon : témoignage d’une révélation sportive

L’année derniére Thomas Talon était un jeune sportif prometteur avec des qualités qu’il n’ exploitait pas pleinement. Passionné par son sport, le VTT cross country, il a pourtant véritablement explosé ses performances en 2013. Premier du classement général de la coupe de France, sur chaque podium pendant les coupes, 23eme au championnat de France toutes catégories… Que s’est-il passé  ? Dans cette interview, Thomas nous retrace son impressionnante progression, sa préparation et nous donne aussi quelques techniques pour révéler enfin pleinement son potentiel. Retour sur une belle réussite.1005

Quel sportif étais-tu avant de commencer ta préparation mentale?
Un sportif quelconque, plutôt désorienté qui ne savait plus pourquoi il faisait du vtt et qui était à deux doigts d’arrêter sa jeune carrière de sportif amateur. J’étais en train de vivre une saison très difficile et bien en dessous de mes objectifs, au point de me retrouver à douter de mes capacités à être performant. Cette année là ma meilleure place sur une coupe de France Open était 13 éme et j’ai gagné quelques courses régionales dans la catégorie espoir et une cyclo sportive.

– Et aujourd’hui, quel sportif es-tu devenu?
Je suis un compétiteur métamorphosé, qui a le goût et l’envie de victoire et qui prend du plaisir dans son sport ! Je pense être humble sur mes capacités tout en restant confiant de mes forces vis-à-vis des concurrents. Cette saison 2013 fut une réelle réussite tant sur le plan émotionnel et plaisir, que sur le plan sportif. Je gagne le classement général de la coupe de France Scratch et Espoir open, je suis sur chaque podium de la coupe de France, jusqu’à ma première place à Meribel, je participe au Championnat de France Espoir avec tous les meilleurs, je  suis Champion Côte d’Azur  et 1er de la coupe régionale Espoir. Il est donc difficile de faire la fine bouche et de dire que ma saison ne me satisfait pas… En fait, c’est la meilleure que j’ai jamais faite !

1002bisEn effet, tu dois être fier de ta saison. Comment expliques-tu une telle progression?
Il est certain que sur le plan physique j’ai franchi un cap, mais cela a été possible grâce au travail que j’ai pu effectuer sur moi-même et sur mon mental. En fait, j’ai toujours eu les capacités de faire les performances que j’ai faites cette année, mais seulement je n’en avais pas assez conscience, j’en doutais trop.
Donc oui, c’est sûr je suis super fier de ma saison ! Elle a été révélatrice de mon vrai niveau et je suis confiant pour la suite.

– Tu as gagné la coupe de France de Méribel et du même coup le classement général. Est-ce que tu peux nous parler de cette expérience?
J’ai tout de suite senti à l’échauffement que j’étais dans un grand jour, les jambes étaient présentes et la tête aussi. J’ai effectué un départ prudent dans les 10 premiers pour ensuite me replacer en tête de course vers la 4ème place. Le rythme n’était pas très élevé et le groupe de tête encore conséquent j’ai donc décidé de presser l’allure et « d’écrémer un peu ». Je boucle le premier tour en tête. Pourtant, le deuxième tour ne se passe pas comme prévu et j’ai perdu du temps dans les parties techniques sur un adversaire. Je finis le deuxième tour en 2ème position à 15 secondes du 1er (cet écart est déjà assez important sur un parcours aussi technique). J’ai commencé à douter de mes chances de pouvoir gagner, mais heureusement je m’étais entrainé pour dépasser ce ressenti et j’ai su me ressaisir à temps. J’ose me surpasser et je rattrape l’autre coureur sur une partie technique que je n’avais jamais réussi à passer jusque-là. Cette prise de risque m’a permis de revenir immédiatement sur mon adversaire.
À ce moment-là, je me suis dit « il va falloir tenter le diable et le faire à la pédale », j’ai donc fait le forcing dans l’ultime montée raide du circuit pour tenter de prendre l’avantage et ça a payé ! Je finis la montée avec 10s d’avance, clouant mon adversaire démoralisé sur place, pour finalement gagner avec 40s d’avance.

– Pendant la course, quelles sont les techniques mentales qui t’ont le plus servis?
Durant la course j’ai utilisé des techniques d’imagerie mentale que j’ai élaborées avec Virginie.
Pour me remotiver, j’ai notamment imaginé un animal ou une créature révélatrice de ma personnalité et de ce que je recherche dans le sport. Cette image forte me permet de me rappeler pourquoi je fais ce sport et dans quel but, surtout dans les moments difficiles où je peux être amené à douter (ça peut paraitre « philosophique », mais ça se fait facilement).
Pour rester concentré sur mon effort et ne jamais relâcher pendant toute la course, nous avions mis en place une autre forme d’imagerie mentale : lorsque que j’étais en tête, j’imaginais avoir systématiquement un concurrent devant moi. C’est ce qui m’a permis de creuser mon avantage sur la fin à Méribel. Une course est gagnée seulement une fois la ligne franchie (peu importe la façon) !

– À ce propos, qu’est-ce que tu as ressenti sur la ligne d’arrivée?
Une immense joie, de la fierté et de la rage en même temps. Ce fut également un sentiment d’accomplissement : accomplissement d’une tâche qui était importante pour pouvoir « valider » tout le travail mental et physique de cette année, pour pouvoir envisager sereinement la suite. Vous savez, j’ai tellement attendu ce moment, je suis passé si près de la gagne cette saison en coupe de France que quand ça arrive enfin, l’émotion est immense !

thomas talon VproCoaching Pourtant, avant la course tout ne s’est pas passé comme prévu…n’est-ce pas?
Non effectivement, j’ai chuté durant les reconnaissances la veille de la course, ce qui m’a valu une petite entorse à la cheville. Rien de grave, mais ça aurait pu me faire peur pour la suite. Mais non ! J’ai pris le temps de me soigner, de faire ce qu’il fallait pour soulager la douleur. De l’homéopathie et du voltaren pour les mauvaises langues qui pourraient penser aux produits de superman !
Et le matin de la course, j’étais survolté ! J’avais même un peu trop d’énergie. Alors, là encore les techniques de préparation mentale m’ont permis de réguler mon énergie, sans la gaspiller.  Et pour finir dans la série des imprévus, j’ai eu un gros coup de stress avec des problèmes de matériel.
Bref, ce n’était pas un avant course idéal, mais rien ne pouvait me détourner de mon envie d’être le premier ce jour-là. Aucune excuse n’était valable. J’étais prêt pour tout gérer.

– Justement, comment as-tu géré ces « bugs » de dernières minutes?
Pour la chute, je suis retourné à l’endroit où je suis tombé pour comprendre mon erreur et ne plus la refaire. J’ai observé les autres courses pour pouvoir améliorer mes trajectoires. Et je suis également retourné en vélo pour repasser cette partie technique et ne pas rester sur un échec non résolu.
Pour le reste, on avait élaboré plusieurs techniques perso pour que je gère mon stress (respiration, imageries, exercices de concentration, routines), j’ai eu qu’à les appliquer. Avant je me serais énervé pour un rien, là je suis resté calme et efficace malgré les bugs.

– Est-ce que tu continues la préparation mentale, même si désormais on peut dire que tu as « un mental de gagnant »?
Toujours ! On n’est jamais à l’abri d’un coup de moins bien. Tout le monde le sait, le mental d’un sportif ne tient pas à grand-chose. Et puis avec Virginie on trouve toujours des astuces pour améliorer les choses, même quand ça va. Je préfère donc entretenir ce travail de préparation mentale surtout à l’approche des compétitions, car c’est là que j’en ai le plus besoin.

Thomas Talon, VPro Coaching– Pour toi aujourd’hui, c’est quoi un « bon mental »?
Un bon mental, ça commence par une vraie confiance en soi, en ses capacités et ses qualités. Le tout étant de l’assumer et de ne pas se le cacher. Bien sûr, je ne dis pas qu’il faut se vanter, mais être humble sur ses capacités ; c’est-à-dire en avoir conscience, y croire et les mesurer objectivement face aux adversaires. C’est la clé pour se construire un mental de gagnant.
Vient ensuite une multitude de petites techniques essentielles, qu’il faut maitriser et qui sont là pour optimiser sans cesse la performance. Un couteau suisse mental en quelque sorte !

– As-tu des conseils pour les jeunes cyclistes… et les autres?
Prenez le temps de progresser ! Ne voyez pas trop haut et trop vite. Rattachez-vous à l’essentiel, le plaisir, les sensations. Prenez conscience de vos capacités et de vos forces aussi diverses soient-elles, pour progresser. Et surtout, ne jamais oublier que le vélo, ou le sport en général, est (et doit rester) un plaisir pour vous-même.

One Response to 'Thomas Talon : témoignage d’une révélation sportive'

  1. Antoine says:

    Du travail d orfevre, merci pour le plaisir.

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